mercredi 29 juin 2011

Guillaume Guéraud me va comme un incendie

Jeune, jette ton Red Bull. Ne me dis pas que cette boisson donne à ton adolescence un délicieux goût d’interdit. Jusqu'à une date récente, les bus devaient franchir les frontières de l’espace Schengen[1] pour que les jeunes aillent, malgré la vigilance des accompagnateurs, se ravitailler en canettes de cette boisson énergisante contenant de la taurine. 

Au passage, je me suis toujours demandé comment une boisson inventée en Autriche et commercialisé par une entreprise sise à Fuschl am See, pouvait produire un quelconque effet énergisant. 

Jeune, as-tu déjà poussé ta foulée jusqu’en Autriche ? As-tu senti l’effet soporifique que cela produit dans ton organisme ?

Mais jette ton Red Bull et ouvre n’importe quel bouquin de Guillaume Guéraud. Et voilà ta dose d'adrénaline. Car Guillaume  Guéraud crée des univers qui mettent en danger, qui déroutent, qui interrogent. C’est percutant dans le style et la narration. Précis et fort à la fois. Longtemps avant d’écrire ce billet, j’ai hésité à choisir un livre à chroniquer. Mais c’est l’ensemble de l’œuvre que j’aime. Me voici donc bien en peine pour conseiller un livre de Guillaume Guéraud. Un seul à emporter dans sa valise pour l’été : c’est mission impossible. Tous les bouquins parus aux éditions du Rouergue se dévorent… mais attention de ne  pas y laisser vos dents car ça a punch. On ne sort pas tout à fait indemne d’un livre comme Je mourrai pas gibier. Ou encore un que j’ai adoré  Le Contour de toutes les peurs. Ou encore : Chassé-Croisé, ce précieux petit opus dans les temps d’expulsion et non d’invasion que nous vivons. 

Bien sûr, la violence est là. Mais, la violence est toujours inscrite dans un contexte bien précis qu'il soit social, historique, ou épidermique.  Où est-elle la violence ? Dans la justice des hommes ? Dans ce bled de Mortagne ? Dans l’expulsion légale ?

Les personnages de Guéraud sont entiers... ce n'est pas du demi-écrémé. Comme dirait un chanteur auvergnat cité dans les remerciement de l’hallucinant Manga, « dans ce purin d’idéaux », ses personnages viennent « nous défoncer les yeux ».

-         Qu’est-ce que tu veux ?
J’ai résumé du mieux que j’ai pu :
-         Dégager de ce bled, déclencher des émeutes, dévorer des sushis, dévaliser des banques, démonter les règles, défier les arcs-en-ciel, décapiter les golden-boys, déraper sur les anneaux de Saturne…
Foutu programme !
J’ai quand même ajouté un truc encore plus ambitieux :
-         M’asseoir au coin d’une rue en te tenant la main et n’attendre personne.[2]


Moi, ça me coupe les jarrets. Tout bonnement.

Même lorsqu'ils restent bouche bée, on perçoit des personnages à l'affût. Ils ressentent avec force ce qui les entoure, l’amour, la société, les injustices, l’histoire.  J'ai une affection particulière pour ce grand-père qui tue les vagues dans Coup de Sabre.  Et bla… bla… bla… mais c'est le problème (enfin, si on peut dire) avec
Guillaume Guéraud qu'on en commence un, on n'arrive plus à arrêter. Les bouquins s'enchaînent et notre plaisir de lecteur ne s'amenuise pas. 

En plus, d'avis d'experts, il n’y a aucune contre-indication à lire du Guillaume Guéraud jusqu'à plus soif... tandis que du Red Bull…


[1]J’en profite pour vous faire réviser vos examens.
[2] Guillaume Guéraud, Manga, Editions du Rouergue, 2005

(Par Christian)

1 commentaire:

  1. Guillaume Guèraud sera à Polar à Nyons le 8 et 9 Octobre prochain pour une séance de dédicaces "incendiaires". Vivement PAN !

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